Septembre 2015

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TRIANGLE

Compagnie des Gens Debout

La Compagnie des Gens Debout est une compagnie théâtrale créée en 2007 par Elsa Bodineau, auteur, comédienne et metteur en scène.  

Association permanente de la Fabrique Dervallières, la Compagnie des Gens Debout rassemble des artistes engagés corporellement dans la pratique de leur art : comédiens, chanteurs, mimes, marionnettistes, clowns, danseurs, plasticiens, musiciens… qui veulent faire entendre des textes pour donner à voir, éclairer le monde d’aujourd’hui.  

Actuellement en pleine résidence pour son projet intitulé TRIANGLE, Elsa Bodineau nous parle de cette nouvelle création, que vous pourrez découvrir le jeudi 24 septembre à 18h30, à la Fabrique Chantenay-Bellevue.  

Comment est née la pièce TRIANGLE ?  

Il y a dix ans, lorsque j'ai repris des études en master à l'Université Paris X, j'ai choisi de faire mon mémoire sur la représentation du conflit israélo-palestinien sur la scène du théâtre. Mon chargé de mémoire était David Lescot, qui travaille également sur la représentation de la guerre sur la scène. Le sujet du conflit sur un plateau de théâtre m'attirait particulièrement : comment parler de ce conflit sur scène ? quelles autres perspectives cela apporte au traitement de ce sujet ?
Pendant 2 ans, ce fut un véritable travail de recherche entre la France, Israël et la Palestine, sur comment parler du conflit aujourd'hui, ce qui a été écrit à ce sujet, comment on en parle là-bas, comment on en parle ici, etc. Tous ceci a donné vie à un mémoire.  

Puis je n'ai pas voulu continuer en thèse, j'ai préféré revenir à la pratique. J'ai alors écrit un spectacle intitulé JE VOUDRAIS MONTER SUR LA LUNE, qui est le premier volet d'une trilogie sur le conflit. TRIANGLE en est le deuxième volet.
JE VOUDRAIS MONTER SUR LA LUNE universalise le propos de la guerre, le conflit israélo-palestinien n'est pas nommé. C'est un spectacle qui s'adresse à la base aux enfants mais aussi aux adultes, avec plusieurs niveaux de lecture, et qui invite à l'échange. Ce premier spectacle tourne depuis 2010, il y a un débat à l'issu du spectacle.  

J'ai commencé à écrire TRIANGLE il y a 8 ans, en partant toujours de ce même sujet de réflexion. J'avais envie cette fois de parler du conflit aux adultes, de façon explicite, en nommant les lieux géographiques, mais surtout en me positionnant de là où je vis, de là où je parle, c'est-à-dire la France, car c'est la place qui me semblait la plus légitime. J'ai choisi d'écrire sur une histoire intime, en faisant référence à un contexte géopolitique plus large, mais ce n'est pas du tout un théâtre politique. J'aborde avant tout l'histoire d'Amit, Latiffa et Maud, qui se rencontrent 20 ans auparavant, et qui sont séparés géographiquement, et on suit cette histoire d'amour, d'amitié, pendant 20 ans, sous forme épistolaire mais pas seulement, puisqu'il y a aussi de nombreuses scènes dialoguées, soit sous forme de flash-back, soit des scènes actuelles.  

  

Pourquoi avoir choisi de faire une pièce sur le conflit israélo-palestinien ?   

Au départ j'étais partie sur une autre sujet qui m'intéresse beaucoup, le génocide du Rwanda. Ce qui m'intéresse à travers ça, c'est de questionner la forme à travers ces sujets : comment traiter, de la façon la plus juste possible, ce genre de sujet sur un plateau ?  

Mais il y avait déjà beaucoup beaucoup de choses sur ce thème, je me suis donc dit que ce serait moins intéressant. A l'époque, il n'y avait pas encore beaucoup de recherches sur le conflit israélo-palestinien. Après, j'ai aussi des origines turques, juives espagnoles, une certaine mixité qui a probablement induit le fait que je sois touchée par ce sujet. Mais ce n'était pas le point de départ de mes recherches.  

  

Selon toi, qu'est-ce que le théâtre peut apporter au traitement de ce sujet plutôt épineux ?  

Ce qui m'intéresse c'est de questionner le public, de l'interpeller, mais surtout pas de prodiguer des messages. Encore une fois, nous ne sommes pas un dans un théâtre politique revendiqué, on ouvre des portes pour apporter un espace de réflexion en tant qu'artistes et pas autre chose. Nous ne sommes pas des historiens ni des politiciens, nous sommes des artistes, avec nos outils, avec la poésie, pour tenter d'apporter un autre regard sur les choses, d'un angle différent, avec le rire aussi, qui existe dans chacun de mes spectacles, dans TRIANGLE y compris.  

Qu'on soit un humain vivant à Gaza ou vivant en France, on est avant tout un humain qui vit un quotidien. Evidemment, mon quotidien est différent selon que je vis à Gaza ou à Paris, c'est ça qui conditionne ma vie et ma façon d'être, ainsi que ma façon d'interagir au monde. Par contre, moi en tant que français, je ne peux pas juger de cette vie-là comme étant une vie qui n'est pas dans une norme, sous prétexte que je vis autre chose. Du coup, le quotidien pour un petit garçon qui vit dans la guerre, c'est son quotidien : il joue au ballon comme tous les petits garçons, mais la différence c'est qu'à tout moment un hélicoptère peut débarquer, ou bien un contrôle peut avoir lieu. C'est ce genre de décalage que j'ai envie de mettre en scène sur un plateau de théâtre.  

  

Et comment te situes-tu par rapport à l'information et les médias, quant au traitement de ce conflit ?  

Les médias reviennent toujours d'une façon ou d'une autre dans mes spectacles. Dans JE VOUDRAIS MONTER SUR LA LUNE, il y a deux personnages qui incarnent les médias, de façon très burlesque, décalée, absurde. Dans TRIANGLE, Latiffa est journaliste palestinienne.  

Au niveau citoyen, c'est pour moi très important d'interroger le traitement des images par les médias, car cela peut être dangereux : on peut manipuler les images, leur faire dire des choses qu'elles ne disent pas, faire du mal aux gens. Dans TRIANGLE, la journaliste se questionne à ce sujet, par rapport à ce qu'elle voit, par rapport à ce qu'elle vit, à ce qu'elle est et ce qu'elle a le droit et/ou peut en faire.  

Je me suis évidemment beaucoup nourrie de l'information, notamment pour l'écriture de TRIANGLE, mais je ne souhaitais pas me concentrer sur des faits d'actualité. On n'est pas dans une revue de presse, mais dans une fiction. Elle aurait pu avoir lieu il y a 10 ans, elle pourrait avoir lieu aujourd'hui, ou encore dans quelques années.
Toutefois, l'actualité de l'information fait résonance dans mon travail. Par exemple, les attentats à Charlie Hebdo en janvier ont influencé la fin de l'écriture de TRIANGLE.  Il y avait ce besoin de dire qu'on vit une tragédie - mais à ma façon, toujours avec de l'humour - et qu'on doit avoir conscience de ce qui se passe.  

Compagnie des Gens Debout
Avec : Sarah Reyjasse (Maud), Raquel Uriostegui (Latiffa), Antoine Orhon (Amit)
Ecriture et mise en scène : Elsa Bodineau 
Assistante à la mise en scène : Mélissa Leray
Conception vidéo : Sébastien Sidaner
Régisseuse lumière : Clara Robert
Chargée de diffusion et développement culturel : Faiza Smahi 

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