Mai 2015

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MA PHRASE A PRIS 3 CM DE PLUS, DE MIEUX, SE DETEND

Yves Arcaix

d'après ça tire de Jérôme Game  

Yves Arcaix est actuellement en résidence à la Fabrique. Son projet MA PHRASE A PRIS 3 CM DE PLUS, DE MIEUX, SE DETEND est une véritable performance linguistique et syntaxique, à venir découvrir le mercredi 27 mai à 18h30 à la Fabrique Chantenay-Bellevue.  

Quel est le propos de MA PHRASE... ? Qu'est-ce que cela raconte ?  

MA PHRASE raconte plusieurs histoires, mais elles sont propres à chacun : moi ça me raconte des choses, mais le public va peut-être entendre un autre propos. Chacun prend ce qu'il veut, ce qu'il peut. C'est plus de l'ordre du sensible que de l'intellect : il y a des messages, mais comment les décoder ? Certaines personnes, qui ont assisté au spectacle, ont vu des choses que je n'avais pas du tout imaginées ou certaines que j'avais imaginées, des références ont été vues par certains mais pas par d'autres. C'est comme une mosaïque dans laquelle on glisserait plein de petits messages ou citations à l'intérieur. C'est donc à chacun de construire sa propre histoire.  

Pourquoi avoir choisi d'adapter le livre ça tire de Jérôme Game ?  

J'ai découvert Jérôme en 2007. Il faut savoir que c'est un poète-écrivain-performeur. Il travaille tout seul ou avec des musiciens et des plasticiens pour faire de la poésie sonore. Il est venu dans un lieu que je tenais à Paris en 2007, et j'ai eu un choc en découvrant son travail, qui correspondait à mes pratiques artistiques : les notions de déstructuration et de déflagration de la parole sont au coeur de mon travail. Un jour, j'ai confié à Jérôme mon étonnement sur le fait qu'il n'existe aucune adaptation théâtrale de ses textes, et je lui ai proposé d'essayer. J'ai commencé en 2007 et j'ai fait la première présentation publique en 2013.  

  

Comment avez-vous réussi à mettre en scène cette matière littéraire ? Et qu'est-ce que Jérôme Game en a pensé ?  

Mettre en scène ça tire a soulevé pas mal de questionnement : est-ce que cela peut s'adapter au théâtre ? Est-ce que je peux apprendre le texte par coeur ? Est-ce que ça peut tenir la route ? Et est-ce que ça peut intéresser des gens ? Car la poésie contemporaine paraît souvent difficile d'accès, élitiste. J'ai ainsi voulu démontrer, au contraire, que cela pouvait être drôle et à la portée de tous. Il n'y a pas besoin d'être le plus intelligent, d'avoir le plus gros bagage culturel pour être touché par MA PHRASE. Il suffit juste de penser un peu autrement, et se laisser faire. Quand je suis sur le plateau, il n’y a pas de quatrième mur, j’essaye et tente simplement de m’adresser aux spectateurs, le plus directement possible. Et la mise en scène, ou plutôt le dispositif scénique pour une possible mise en jeu du texte, est volontairement suffisamment plus souple, voire aléatoire, pour que je puisse modifier ou inventer les choses dans l’instant présent en compagnie du public. C’est un peu le cœur de ce projet. Ici et maintenant.  

Jérôme Game avait auparavant suivi la création de la pièce, validé le montage, mais il m'a laissé carte blanche. Lorsqu'il l'a vue sur scène, il m'a dit qu’il avait rapidement - et sa grande surprise, après un petit temps de trouble - oublié que c’était lui qui avait écrit le texte, se laissant embarquer par le flot de ma phrase.  

Quels aspects de MA PHRASE avez-vous particulièrement travaillés lors de votre résidence ?  

L'idée au départ était de travailler la lumière, car on faisait avant en fonction du matériel présent sur les lieux dans lesquels on jouait. Stéphane Bazoge n'avait donc jamais pu faire auparavant le travail que l'on voulait faire ensemble, par manque de temps et moyens techniques. L'idée était de faire un véritable travail de création, d'expérimentation pour sortir des sentiers battus. C'est pour moi un terrain de jeu, l'occasion de tester des choses que l'on ne se permet pas de faire ailleurs. On est dans une logique de laboratoire.
Il n'y aura plus cette structure qui me créait un espace restreint, et cela va m'influencer dans mes déplacements, mon jeu corporel. On retrouve là la notion de performance : tout est écrit, mais il reste une place importante à l'improvisation.  

Conception et interprétation : Yves Arcaix
Son et vidéo : Apolline Schöser
Lumière : Stéphane Bazoge
Crédit photo : Chloé Ribero 

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