LES IDOLES

Collectich NatürliF

Le Collectich NatürliF est actuellement en résidence à la Fabrique Dervallières-Zola, pour une étape de leur nouvelle création "Les Idoles". Rencontre avec Anne-Pauline Parc, metteur en scène.  

  

"Les Idoles", c'est un film de Marc'O, quel est le lien avec la pièce que vous êtes en train de monter?  

visuel : Scylla Photographe 

Il ne s'agit plus du tout d'une adaptation du film de Marc'O, vraiment, plus rien à voir. Marc'O a été le point de départ, l'étincelle, la découverte qui m'a lancée sur cette voie. En deux ans, la création a pris une toute autre tournure, une toute autre couleur. Du film, nous n'avons gardé que les noms des personnages (uniquement ceux des Idoles, d'ailleurs), et l'idée du mariage de deux Idoles en perte de vitesse, arrangé de toute part par les Idoles productions.
 A partir de cette idée, nous avons questionné le concept de l'Idole, mais surtout celui de la réussite. Il n'est pas ici question d'Idoles de légende, du type Hendrix ou Morrison, mais d'Idoles d'un jour, dont le succès est aussi fulgurant que la chute, et entièrement fabriqué par une maison de production dont le seul but est de faire de l'argent avec des paillettes.
On peut vraiment parler d'une création totale, inspirée par le film de Marc'O. Notre travail est collectif dans la mesure où nous avons cherché ensemble à écrire cette pièce à partir de nombreuses improvisations sur le plateau. Notre recherche a donné lieu en janvier dernier à une présentation du travail en cours à Pol'n. Je reprends à présent cette riche matière et en fais une pièce, que j'écris et réorganise dans son intégralité. Finalement, la plus grosse partie de mon travail réside dans l'écriture et la chorégraphie de la pièce plus que dans la mise en scène qui en découle.  

  

Le choix d'une satire de son propre milieu n'est pas anodin. Qu'est ce qui t'a menée vers cette œuvre? 

visuel@Scylla Photographe 

Ma rencontre avec le film de Marc'O s'est faite il y a deux ans. A l'époque, nous venions de finir la création de notre premier spectacle, Les Larmes Amères Der Petra Von Kant, que mon amie et compagnon de route, Céline Grolleau, mettait en scène. Je me proposais de porter le deuxième spectacle de NatürliF, et étais en quête d'un projet qui mêlerait danse et théâtre. C'est en lisant un livre sur Jean Eustache que j'ai découvert Les Idoles, qui avant d'être un film était une pièce de théâtre. La pièce était décrite comme étant une violente satire du monde du show business, où trois Idoles Yé-yé accédaient à la gloire un cours instant pour sombrer tout aussi vite dans une pitoyable déchéance. Il y était question de danses frénétiques et de pouvoir, de désillusion, d'ambition...  Je ne dirais pas que j'y ai vu là un signe, mais cette pièce me semblait tombée du ciel.
Je découvrais à l'époque les joies véritables du monde du travail que j'avais choisi d'exercer et me heurtais au fait d'assumer socialement ce choix. Les gens ne savent malheureusement pas grand chose du monde du théâtre, et pour beaucoup, réussir dans ce milieu signifie "percer", être connu, passer à la télé... je ne savais pas moi-même comment appréhender la "réussite", et je me rendais compte de plus en plus que je n'avais pas choisi de faire ce métier pour faire des choses que je n'aimais pas, que je n'avais pas envie de défendre, ou pour courir après des figurations dégradantes ou bien faire le guignol dans les supermarchés, le tout pour "avoir le statut" et être au moins à peu près capable de vivre décemment.  
Le reste est une longue histoire: ma rencontre avec Marc'O, l'arrivée dans le collectif de nouvelles personnes, le choix d'un travail collectif, le cheminement de ma réflexion, puis la décision d'une création totale...  

  

Pour l'adaptation à la scène, tu as décidé d'intégrer de la danse (claquettes) et les comédiens ont une partition chorégraphique. A quoi cela fait-il écho? Est-ce une référence à l'exigence technique que doit avoir un artiste? Y a-t-il un clin d'œil à ton parcours personnel? 

photo@Cécile Gravot 

Danse et théâtre sont pour moi plus que liés. J'ai commencé la danse bien avant le théâtre et ne l'ai jamais quittée, mais elle a pris une autre dimension lorsque j'ai commencé ma formation de comédienne dans le Lot (l’œil du Silence, dirigée pas Anne Sicco). On y abordait un "théâtre des corps" tout en parcourant les écritures classiques et contemporaines. Nous y avons beaucoup travaillé la technique corporelle mêlée à la signification du geste et à la poétique du mouvement, et c'est un enseignement de cette formation que je suis heureuse d'avoir reçu.
A l'occasion d'une discussion avec Céline, à qui je faisais part de ma peur de relever le défi de la mise en scène, elle m'a donné le précieux conseil de "faire une pièce qui me ressemble". La danse ne pouvait qu'avoir sa place dans le futur projet.
J'avais commencé à prendre des cours de claquettes, rêve de longue date. Je ne savais honnêtement ni pourquoi ni comment les claquettes allaient avoir leur place dans le futur projet, mais l'aspect théâtral de cet objet me plaisait. Les claquettes, ça fait clac-clac, ça en jette, ça impressionne, et j'y ai rapidement vu un "outil du succès", une idée miracle pour plaire, et donc faire de l'argent dans le monde des paillettes et des superproductions. Je cherche en ce moment à la fabrique à y apporter autre chose que l'aspect clinquant et spectaculaire, en composant pour le personnage de Simon une chorégraphie éloignée des représentations traditionnelles que l'on a de cette danse. Mais c'est une autre histoire...
Toujours est-il que les comédiens se sont pliés au jeu avec enthousiasme et relèvent le défi avec brio!  

  

Les Idoles :  Salle Vasse le 27 novembre (et Les Larmes Amères der Petra Von Kant le 28).
Également les Idoles au TNT du 3 au 7 février 2015.
Lien site internet:  

http://naturlifprod.wix.com/naturlifprod 

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