Octobre 2015

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LES HOMMES DEBOUT

AADN

Les Hommes Debout est une installation urbaine lumineuse, poétique et interactive, imaginée par les artistes de l' AADN à Lyon.
Pendant une semaine, leur équipe s'est installée à la Fabrique Dervallières-Zola, afin de rencontrer les personnes du quartier et les intégrer dans le processus créatif de l'oeuvre, qui sera à découvrir au festival des Utopiales du 29 octobre au 2 novembre. 

Rencontre avec Pierre Amoudruz et Valentin Durif, à l'origine du projet. 

  

Pouvez-vous expliquer d'où vous est venu l'idée de créer Les Hommes Debout ?  

Les Hommes Debout est un projet signé collectivement par Pierre Amoudruz, Valentin Durif, Victor Roux. Nous venons de Lyon et travaillons dans l'association AADN qui rejoint l'art et les nouvelles technologies, tout en gardant un œil critique sur toutes ces nouvelles formes de communication. 

Le projet naît en 2009 dans le cadre de la Fête des Lumières à Lyon. Nous avons proposé cette installation suite au « nettoyage » par les forces de l'ordre du marché noir de la Guillotière, quartier des primo-arrivants à Lyon. Tous les gens qui faisaient vivre cet espace ont été évacués, notamment les chibanis ("les vieux" en arabe, terme affectueusement donné par les habitants). Pour la Fête des Lumières, on a voulu les remettre symboliquement dans l'espace public, et leur donner la parole. On a donc effectué un important travail de collecte, de leurs histoires, mémoires et trajectoires de vie. 

Nous avons alors créé une installation, Les Hommes Debout, afin de rapporter cette parole 

  

En quoi consiste cette installation ? 

Le dispositif est composé de 16 personnages en PVC translucide, donc des mannequins dans les lesquels on a intégré des systèmes lumières et audio, des capteurs de présence, etc. ce qui les rend interactifs. Il y a tout un logiciel qui permet de gérer le système d'interaction avec les 16 mannequins. Ce principe permet d'interpeller les gens dans l'espace public, grâce au côté plastique, lumineux : ça brille, ça clignote, le mannequin répond quand on lui parle à l'oreille. Ce contenant reste le même à chaque manifestation. 

Cependant le contenu est modifié à chaque fois. Dès que l'on est invité quelque part avec cette installation, on tend le micro aux habitants du lieu, à travers la réalisation d'interviews. L'idée est d'engager une discussion avec des inconnus, chose qu'on ne prend pas le temps de faire habituellement. On part d'une discussion simple, sur le quotidien et la vie de quartier des personnes interrogées. Puis très vite on ouvre sur des questions qui sont beaucoup plus profondes, presque philosophiques, des sujets larges, à partir d'histoires de vie. L'idée est de rencontrer ces gens qui ne sont pas des orateurs, mais ont pourtant plein de choses à dire. Il y a une dimension anthropologique, documentaire dans ce projet. 

Normalement, l'installation est placée dans la rue, les paroles rapportées sont celles qui gens qui habitent l'endroit où les mannequins sont placés. Il y a donc une résonance avec l'endroit où l'installation est posée. Transplanter ce contenu sur un autre territoire peut être risqué. Ici, exceptionnellement, l'installation sera à l'intérieur de la Cité des Congrès. Nous avons donc dû réorienter notre grille d'entretien, car on ne parle pas des Dervallières de la même manière ici (dans le quartier des Dervallières) qu'à la cité des Congrés. 

  

Vous avez ici travaillé avec le quartier des Dervallières. Comment sélectionnez-vous les personnes interrogées ? Y-a-t-il un profil type ou bien souhaitez-vous donner la parole à tous, faire à entendre une parole hétérogène et multiple ? 

Le choix des Dervallières vient des Utopiales, et notamment de Chrystel Jarnoux, la chargée des publics des Utopiales, qui connaît bien le quartier. 

Concernant les profils des personnes interrogées, tout dépend du contexte dans lequel on est invité. Ici, nous avons reçu 2 catégories de personnes. Tout d'abord, les personnes que nous sommes allés rencontrer nous-mêmes par des intermédiaires comme la maison de quartier, des ateliers, des gens qu'on avait déjà captés à un certain endroit. Puis il y a celles que nous avons rencontrées via le réseau de Chrystel Jarnoux qui a un passif de militante, ce qui fait qu'on a rencontré beaucoup de militants associatifs, ainsi que des personnes très impliquées dans la vie du quartier. 

À chaque contexte, les cartes sont rebattues : suivant notre porte d'entrée, on rencontre des personnes complètement différentes. Il n'y a pas de « casting » à proprement parler pour le choix de ces personnes. Un premier filtre se fait déjà avec les personnes qui prennent de leur temps et font la démarche de venir, ainsi que nos contraintes de temps, car toutes nos rencontres doivent se faire sur une semaine. À chaque ville, on obtient ainsi un résultat unique. Humainement c'est génial, car on est vraiment face à la diversité culturelle. 

  

Vous avez déjà expérimenté Les Hommes Debout sur d'autres villes, quelles ont été les réactions des personnes ? Aussi bien celles qui ont participé au projet, que celles qui le découvraient dans la rue, par hasard ? 

Les personnes qui ont pris part à la démarche arrivent avec énormément de curiosité. Elles sont généralement intriguées par le fait d'entendre leur voix, de savoir quels extraits de la conversation ont été gardés, mais il y a aussi une vraie curiosité sur ce que les autres ont bien pu répondre. Chaque entretien durant une heure, nous ne pouvons tout garder. On sélectionne donc des moments de l'interview, il y a un énorme travail de tri et de montage : il s'agit pour nous de ré-articuler différents points de vue qui vont à un moment se télescoper, se contredire, se répondre, se compléter. 

Pour les personnes qui n'ont pas pris part à la construction du projet, le rapport est différent. Certains vont rester en dehors de l'œuvre, et adopter une démarche contemplative. D'autres vont se saisir du côté ludique de l'œuvre : toucher les mannequins, comprendre comment ils fonctionnent, les écouter, leur parler... Comme l'installation est normalement dans la rue, on brasse réellement tous les publics, car il n'y a pas la barrière de l'entrée dans une institution culturelle. On désacralise l'œuvre : on peut la toucher, lui parler, etc., choses qu'on ne peut habituellement pas faire au musée ou au théâtre par exemple. Il n'y a pas de médiation sur l'installation, car elle se suffit à elle-même. 

  

Comment votre projet s'inscrit dans le festival les Utopiales ? 

Les Utopiales est un festival généraliste sur la science fiction et propose tout un tas de portes d'entrée sur la question de l'imagination du futur. Le thème de cette année est Réalité(s). Selon nous, l'une des questions qui se posent aujourd'hui sur l'imaginaire du futur, c'est le transhumanisme, la fusion de l'homme et de la technologie qui s'incorpore de plus en plus dans notre quotidien. C'est une forme de clin d'œil de mettre cette installation numérique à forme humaine pour titiller les gens qui viennent au festival, et les amener – tout en gardant un côté ludique – sur cette question. 

  

Découvrez Les Hommes Debout au festival des Utopiales du 29 octobre au 2 novembre. 

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