Mai 2015

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LE SABLE DANS LES YEUX

Niouton Théâtre

Le Sable dans les yeux raconte l'histoire de Margot, 10 ans, qui vit avec sa mère, handicapée. Celle-ci ne parle ni ne pleure mais brode des petits mouchoirs qui remplissent les armoires de la maison. Margot aimerait bien que sa mère aille mieux alors elle vide les armoires des mouchoirs et, avec une brouette, les porte jusque dans un arbre creux, afin d’éloigner le chagrin dans la forêt.
Pendant ce temps, dans cette forêt, un père part à la recherche de son fils qui ne revient pas. Et une louve et son petit attendent, pour calmer leur faim, une proie à se mettre sous la dent.
Margot arrivera-t-elle à faire disparaître le chagrin qui mine sa Maman ?  

Rencontre avec Eline Léquyer (direction artistique et conception / interprète marionnettiste) et Odile Bouvais (metteur en scène), en résidence à la Fabrique Dervallières-Zola.  

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène l'oeuvre Le Sable dans les yeux de Bénédicte Couka ?  

Eline Léquyer : Je suis tombée sur cette œuvre par hasard, et en lisant le texte, de nombreuses images me sont venues à l'esprit, comme des photos, un film d'animation. Cette œuvre très visuelle. J'ai ainsi trouvé matière pour réaliser un spectacle de marionnettes.  

Odile Bouvais : Eline a fait appel à moi après avoir découvert Le Sable dans les Yeux, et j'ai accepté sa proposition car les thématiques abordées par l'oeuvre sont intéressantes à travailler, notamment à destination d'un jeune public : des enfants vivant seuls avec leurs parents, qui doivent s'occuper d'eux, le deuil, etc. Le traitement de ces sujets, tout en finesse et sans jamais tomber dans le pathos, m'a beaucoup plu.  

  

On retrouve souvent cette thématique dans votre travail, notamment dans En attendant le Petit Poucet : des enfants "livrés à eux-mêmes" qui doivent apprendre à se débrouiller sans leurs parents. En quoi l'utilisation de marionnettes facilite le traitement de ces sujets graves auprès d'un public enfant ?  

Eline Léquyer : On peut tout dire à un enfant, mais tout dépend de la manière de le faire. Le fait d'utiliser les marionnettes apporte de la distance, et on peut ainsi évoquer de multiples émotions, y compris les plus difficiles. Cette distance permet de se protéger, de se couper de la réalité. La marionnette permet la métaphore, plutôt pour les adultes. Pour les enfants, le message sera moins clair, mais le sens caché passe quand même, inconsciemment.  

  

Comme dit auparavant, cette pièce est adaptée du texte de Bénédicte Couka. Or, quand on lit une histoire, on imagine les personnages, le décor, etc., bref tout un univers. Est-ce qu'il y a des difficultés à retranscrire cet imaginaire, cette vision personnelle, en une pièce que l'on donne à voir aux autres ?  

Eline Léquyer : Pour créer cet univers collectif, toute l'équipe a dû se concerter : chacun a par exemple donné sa propre vision de la scénographie. On s'est ainsi heurté au principe de réalité, car nos propositions étaient parfois trop oniriques. Il a ainsi fallu trouver un consensus permettant à chacun de glisser son univers personnel : une proposition qui est donc plus abstraite.  

Odile Bouvais : La proposition choisie ne fige pas : on retrouve par exemple la figure de l'arbre, mais qu'on ne voit que partiellement. Il faut donc imaginer cet arbre. On donne à voir, on laisse deviner, mais on ne montre pas tout. C'est au spectateur d'imaginer, de rêver, selon ses envies et sa vision personnelle de l'oeuvre.  

  

Eline, en plus de manipuler les marionnettes, vous les fabriquez. En quoi ce processus aide-t-il à créer un imaginaire collectif ?  

Eline Léquyer : Les marionnettes ne relèvent pas de l'imaginaire collectif, car elles sortent de mon esprit. Je ne fais pas de dessin préalable, je pars de la matière. Pour ce spectacle, mon matériau phare était la laine. Je me suis également inspirée d'artistes dont l'univers pictural me plaît, en rapport avec l'univers du texte : par exemple, les portraits à l'aquarelle d'Egon Schiele, ceux de Modigliani avec des grands yeux, un cou fin et une délicatesse qui émane d'eux. J'ai adapté ces esthétiques en fonction des personnages de la pièce, et de leur personnalité. Dans mon travail de marionnettiste, je n'ai pas de spécialisation esthétique. Je m'adapte à chaque spectacle que je créée, j'invente un univers propre à chaque création en fonction de son sens. Cela passe par la fabrication de mes marionnettes. C'est aussi plus facile pour retranscrire les images qu'on a en tête.  

Odile Bouvais : La justesse du regard d'une marionnette tient à très peu de choses. Tout est une question de détail. Le comédien qui manipule et fait parler la marionnette doit également réussir à transmettre l'émotion, sinon on reste dans la performance.  

Eline Léquyer : Grâce au duo comédien-marionnette, le spectateur peut faire un aller-retour entre les deux, et ainsi mieux s'approprier les émotions et rendre l'oeuvre sienne.  

  

  

Le sable dans les yeux
Niouton Théâtre
création 2016  

Texte de Bénédicte Couka (publié dans la collection Théâtre à vif chez Lansman éditeur - Prix Annick Lansman 2012)  

Théâtre de marionnettes sur table (à partir de 7 ans)  

Conception / Fabrication des marionnettes : Eline Léquyer
Mise en scène : Odile Bouvais
Scénographie : Caroline Cordier
Interprétation : Rémi Lelong et Eline Léquyer
Création lumière : François Poppe
Univers sonore : Carine Léquyer
Diffusion : Géraldine Buon de Bazelaise
Production : Niouton Théâtre / Association Poisson Pilote. 

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