Juin 2016

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GASPARD

Aurélie Mazzeo & Clémentine Pasgrimaud

  

Aurélie Mazzeo et Clémentine Pasgrimaud sont deux artistes nantaises. Ensemble, elles ont choisi d'adapter le célèbre Gaspard de Peter Handke dans une création mêlant théâtre, marionnette et danse. En résidence à la Fabrique Dervallières-Zola puis à la Fabrique Chantenay, elles nous racontent leur projet et nous invitent à le découvrir sur scène le jeudi 16 juin à 18h30 lors d'un Jeudi de la Fabrique Chantenay. 

  

Pouvez-vous vous présenter chacune ? 

Aurélie Mazzeo :  J'ai été formée au Conservatoire d'art dramatique de Nantes. Diplômée en 2013, j'ai fondé dans la foulée la compagnie Je reste dont j'assure la direction artistique et avec laquelle je fais des mises en scène pour le plateau et la rue. En parallèle, je suis interprète, et plus particulièrement danseuse contemporaine. En ce moment, je travaille avec Olivia Grandville et la compagnie Ecart, par exemple. À côté de ça, avec Clémentine et d'autres artistes, nous avons créé Kraken, une plateforme de développement artistique permettant notamment de créer un projet sans avoir à passer par la création d'une compagnie. C'est avec elle que nous avons souhaité porter notre projet Gaspard

Clémentine Pasgrimaud : Je suis comédienne et danseuse. Je suis également passée par le Conservatoire d'art dramatique de Nantes où j'ai rencontré Aurélie. Ensuite, je suis partie à Toulouse faire une formation professionnelle alliant danse et théâtre au Théâtre 2 l'acte - le Ring. Je suis interprète dans la compagnie Je reste sur plusieurs spectacles. J'ai aussi monté un autre projet, qui s'appelle Caresse-moi vidéos chorégraphiques, avec la danseuse Elodie Guillotin. 

  

  

Pourquoi avoir choisi de reprendre ce texte de Peter Handke ? 

 Aurélie : Avec mes expériences précédentes de mise en scène, j'avoue que j'ai une forme d'obsession pour Peter Handke... J'en ai monté deux de ses oeuvres – Outrage au public et Le poids du monde –, mes tout premiers spectacles. Quand nous avons commencé à travailler ensemble avec Clémentine, j'ai ramené une énorme pile de livres dans laquelle était glissé Gaspard. Le choix nous a paru tout de suite évident, puisque nous voulions travailler sur la marionnette.  C'est un texte qui est extraordinaire, d'une densité folle, qu'il faut décortiquer, comprendre. C'est un texte en spirale, ça revient, ça tourne et en même temps ça avance, ça raconte énormément de choses : la difficulté à être au monde, la question de l'identité, récurrente chez Peter Handke . Qui sommes-nous ? Comment évoluons-nous dans ce monde-là ? Les thématiques abordées nous ont parlé, de même que la langue, d'une poésie et d'une justesse rares. 

  

Pourquoi avoir choisi la marionnette comme médium ? 

Clémentine : Après deux premières expériences, j'ai toujours eu le désir d'aller plus loin dans la pratique de la marionnette. Peter Handke dit dès le départ que Gaspard n'en est pas une, alors que lorsqu'on lit le texte, c'est un être manipulé de A à Z, comme une marionnette peut l'être. 

 Aurélie : Dans le texte, Gaspard est un personnage, une figure particulière, qui part de rien : il n'a aucune aucune connaissance de la langue, du corps. Et petit à petit, avec des impulsions et des injonctions, une voix off l'aide à construire son langage, construire sa pensée, une personnalité, une forme de civilisation. C'est passionnant à observer, et ça l'est d'autant plus avec un corps marionnettique, qui met en perspective des possibilités de confusion entre la figure de la marionnettiste et la marionnette en elle-même. Cela démultiplie les rapports au plateau : la voix off étant live, on se retrouve à trois figures fortes sur le plateau. 

  

Vous avez créé la marionnette : comment avez-vous fait pour la fabriquer ? Quels choix esthétiques et pratiques avez-vous fait ? 

Clémentine : C'est Gaèle Cerisier qui a construit la marionnette et qui est également notre œil extérieur. Elle est marionnettiste et comédienne depuis longtemps, dans la Brat Compagnie. Nous avons choisi Gaèle parce qu'on aimait beaucoup son esthétique : elle crée des marionnettes monstres, qui sont manipulables dans tous les sens, ce ne sont pas des marionnettes à fils ou à gaines. Notre Gaspard est une marionnette de taille adulte, on peut lui donner vie très rapidement, mais aussi la ramener à son état d'objet pur et simple, et déconstruire son humanité d'un coup. C'est Gaèle qui nous a formées sur la manipulation de cette marionnette, selon la façon dont elle l'a construite. 

 Aurélie : Ce qui est beau dans le travail de construction de Gaèle, c'est qu'elle créée des marionnettes qui sont déjà marquées par la vie. Quand on regarde le visage de Gaspard, il a des grands yeux écarquillés enfantins, et en même temps on dirait que sa peau a été ravagée, il est creusé, bosselé, on ne sait pas ce qu'il lui est arrivé. 

Clémentine : Gaèle crée des marionnettes qui ont tous les âges : on peut aussi bien y voir une enfant qu'un petit vieux. 

 Aurélie : Gaspard a des mains immenses, il est articulé de manière naturelle et humaine, mais en même temps il peut faire des choses avec son corps que nous humains ne pouvons faire, tant il est souple. Il lance des défis à nos corps, au plateau. 

  

En plus de l'utilisation de la marionnette, quels sont vos choix de mise en scène, de jeu d'acteur, de scénographie pour cette pièce ? Et qu'allez-vous nous présenter lors de votre Jeudi de la Fabrique le 16 juin ?  

 Aurélie : Les axes de mise en scène sont distincts selon les trois domaines que l'on aborde avec ce projet : le théâtre (j'entends le texte principalement), la danse (j'entends le mouvement) et la marionnette, dont on a pas mal parlé jusqu'à présent. Pour aborder les autres points, il y a cette voix-off qui est live et qui en terme de dispositif scénographique sera surélevée sur une chaise d'arbitre pour le moment. Le but c'est qu'elle soit surplombante et qu'elle domine la scène, et que ce soit une présence plus grande qu'elle ne l'est réellement, avec un dispositif sonore, des pédales d'effet, un looper qui permet de travailler le son au micro en live et de faire coexister une multiplicité de voix qui vont venir influencer Gaspard. Nous avons envie de faire entendre toutes les influences, les voix qui entourent Gaspard, le conseillent, le dominent, l'invitent...C'est l'une des matières les plus importantes dans nos axes de mise en scène. 

Clémentine : On parle de danse, mais je parlerais plutôt du mouvement, parce que ce qui nous intéresse c'est de créer, de chercher tous les liens que l'on peut avoir entre la marionnette et le corps du manipulateur. Que se passe-t-il si petit à petit la marionnette grignote le corps du manipulateur ? Il y a évolution de la marionnette d'une taille adulte à un buste, ce sont mes jambes qui feront les jambes de Gaspard. Il y a du coup une réelle recherche corporelle de la marche, de l'apprentissage de la marionnette avec le corps du danseur. 

 Aurélie : Pour le 16 juin, on est bien sur une sortie de laboratoire, on présentera donc plusieurs tableaux, avec nos axes de mises en scène, afin d'esquisser le champ des possibles. La maquette sera abordée ultérieurement. C'est un premier rêve, une première expérimentation, de ce que Gaspard pourra être à l'avenir. 

Clémentine : On travaille également avec Mathieu Cazebonne, scénographe, et Anna Geneste, qui va avoir un rôle très important durant ces deux semaines de résidence puisqu'elle va faire une première création lumières. La lumière aura sans doute une place primordiale dans ce spectacle, parce qu'on a envie qu'il y ait un rapport très cinématographique au plateau pour la marionnette. 

 Aurélie : C'est la première fois que nous allons travailler en conditions réelles, nous avions hâte d'arriver à cette étape ! Il s'agit de notre quatrième résidence pour ce projet, on en arrive à un stade où nous avons besoin de prendre plus de place ! 

  

Quelle est la suite de cette création ? 

Clémentine : Nous avons une autre résidence de deux semaines en novembre au lieu Unique, avec une autre sortie de laboratoire. Ensuite, nous enchaînerons sur la création de la maquette. 

 Aurélie :  Il s'agit d'une création plutôt ambitieuse, on a donc envie de prendre le temps pour la construire dans les règles. La matière que l'on traverse est trop dense pour qu'on se permette de la chahuter. 

  

Gaspard d'après Peter Handke
Mise en scène et interprétation : Aurélie Mazzeo et Clémentine Pasgrimaud
Oeil extérieur et aide à la construction : Gaèle Cerisier
Scénographie : Mathieu Cazebonne
Création lumières : Anna Geneste
Production déléguée : KRAKEN 

Découvrez ce projet le jeudi 16 juin à 18h30 à la Fabrique Bellevue-Chantenay. 

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