Juin 2015

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ELLES EN ONT VU DE TOUTES LES COULEURS !

Théâtre d'Ici ou d'Ailleurs

Après avoir travaillé pendant plusieurs années avec un groupe de travail "femmes et interculturalité" autour de leurs réalités, Claudine Merceron a voulu faire entendre ces paroles en conviant sur scène une équipe artistique enthousiaste avec Cédric Cartier, Elodie Henry, E'Joung-Ju, Martine Ritz et Flora Théfaine pour nous livrer le pièce ELLES EN ONT VU DE TOUTES LES COULEURS ! Ensemble, ils ont posé leurs valises à la Fabrique Chantenay-Bellevue pour une semaine de résidence.
Rencontre avec l'équipe.  

Comment est née la pièce ELLES EN ONT VU DE TOUTES LES COULEURS ?  

En 2013, nous avons reçu une commande de l'équipe Tissé Métisse (association du quartier de Bellevue) avec Marie-Hélène Nivolet, Jamila Elkoubaily et toutes les femmes qui ont travaillé pendant plus de 4 ans autour de l'interculturalité. Ces femmes – d'origines diverses, installées depuis longtemps ou depuis peu en France – y échangeait sur leurs problèmes de parentalité : avec leurs enfants, auprès des institutions comme l'école, etc. Ces témoignages ont donné naissance à des écrits, des tableaux, des débats, et ont souhaité garder une trace de ce travail.
Elles ont donc fait appel à nous afin de créer le spectacle ELLES EN ONT VU DE TOUTES LES COULEURS ! qui a été joué le 14 décembre 2013 au Palais des Congrés à l'occasion de la fête de Tissé Métisse. Nous avons rencontré un franc succès avec cette pièce, et l'avons joué sept fois.
Cependant, cela était très lourd techniquement : nous étions 17 sur le plateau, et cela entraînait des soucis concernant les disponibilités de tout le monde, le transport, etc. Nous avons donc décidé de professionnaliser ce spectacle, en faisant appel à des comédiens pour jouer le rôle des femmes de Tissé Métisse.  

Vous passez donc de comédiens amateurs à des comédiens professionnels. Qu'est-ce que cela va changer dans la pièce ?  

Flora Théfaine (chorégraphe et danseuse) et E'Joung-Ju (musicienne et comédienne coréenne) ont rejoint le projet. Nous sommes désormais 6 professionnels sur scène au lieu de 17 auparavant.
Nous sommes bien entendu partis du réalisme des femmes, de leurs textes, et on les a réécrits afin que chaque comédien puisse se les approprier. Les comédiens jouent plusieurs rôles, plusieurs personnages. Cédric, également musicien, joue lui aussi des personnages féminins, l'écriture a donc été revue avec lui.
Avec cette nouvelle reprise, nous prenons une dimension plus universelle. E'Joung-Ju, qui est coréenne, amène sa culture. Flora, chorégraphe, amène également une dimension plus poétique. La dimension musicale du projet est d'ailleurs plus importante : nous avons maintenant 2 musiciens, notre palette est élargie.
Le côté amateur amenait une force au niveau de l'interprétation, de la fragilité, parce qu'on sentait toujours les femmes sur la limite. Nous, nous apportons une distanciation artistique, on s'imprègne de leurs témoignages mais on le retransmet autrement artistiquement.  

Comment faites-vous alors pour garder cette même sincérité ?  

C'est un métier ! On fait du vrai avec du faux, ou du faux avec du vrai, ça va dans les 2 sens. On a des scènes absolument réalistes, écrites de manière très réalistes, mais on les colore suffisamment pour garder une vraie dimension artistique, autant musicale, poétique, que comique.
Le comique est exacerbé à chaque fois, même si ce sont des situations dramatiques la plupart du temps. C'est la marque de fabrique du Théâtre d'Ici ou d'Ailleurs, même si on aborde des problématiques sensibles : les tziganes, les roms, le marché du travail, etc. Le but est de ne pas tomber dans le pathos, le misérabilisme, mais de transmettre des messages à travers le rire. Le sourire permet de montrer la réalité.
Nous avons travaillé avec les femmes pendant un an, elles nous nourrissent, on pense à elles quand on joue des rôles qui ne nous appartenaient pas à la base. Elles sont toujours présentes sur le plateau, on les entend, elles sont en nous.  

Pourquoi était-ce important pour vous de travailler avec Tissé Métisse ? Qu'est-ce que cela apporte à votre travail de collaborer avec des associations, collectifs, etc. ?  

C'est évidemment très enrichissant. Dans la compagnie, nous faisons tous partie de la ligue des droits de l'homme, nous sommes tous fortement engagés dans la vie citoyenne. Cela correspond donc à ce que nous souhaitons représenter dans notre travail, nous sommes une compagnie à dimension fortement citoyenne. On a travaillé sur les gens du voyage, les Roms migrants de Roumanie, sur les ouvriers qui subissent les plans sociaux, la résistance, nous avons déjà cet esprit.
On ne fait pas du théâtre pour le théâtre, mais pour aller à la rencontre de l'autre.  

Et, selon vous, qu'est-ce que le théâtre peut apporter au traitement de ces sujets ?  

Cela nous permet d'aborder ces sujets d'une manière différente de celle des discours ou débats. Il s'agit de passer par l'émotion et l'artistique pour éveiller les consciences, car on touche à des choses profondes dans l'émotion. Notre théâtre est un théâtre d'idées, mais un grand travail artistique est fait. Et on utilise ce vecteur artistique pour faire passer des idées, des messages, ouvrir le débat, inviter à la réflexion, sans pour autant être moralisateur.
On aborde parfois des sujets tabous, comme le port du voile dans ce spectacle. Mais l'humour et la dimension artistique permettent de dédramatiser ces thèmes.
On touche aussi un autre public, celui qui n'irait pas de lui-même à un débat citoyen. Pour Gadji, le spectacle qu'on a joué au sujet des gens du voyage, les spectateurs sont venus nous voir pour nous dire que cela avait bousculé leurs idées reçues. Si on peut bousculer les mentalités ne serait-ce que de quelques personnes, alors on a réussi notre pari.  

theatreiciouailleurs.com
Mise en scène : Claudine Merceron
Avec : Cédric Cartier, Elodie Henry, E'Joung-Ju, Claudine Merceron, Martine Ritz et Flora Théfaine
Musique : Cédric Cartier et E'Joung-Ju
Costumes : Martine Ritz
Création lumières : Jean-Michel Leclair 

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