Mars 2016

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DEDANS-DEHORS

Cie Rachel Mademoizelle

La compagnie Rachel Mademoizelle a été créée en 2000. Habituée à travailler sur des problématiques sociales, elle aborde avec sa pièce Dedans-Dehors la question de la détention dans le milieu carcéral. 

Rencontre avec l'équipe. 

  

Pouvez-vous présenter la compagnie ? 

La compagnie Rachel Mademoizelle existe depuis 2000, et est basée à Saint-Herblain, au centre socio-culturel de la Bernardières, en plein coeur de Bellevue. Nous travaillons depuis le départ sur des sujets de société, en prise avec le quotidien des gens. Nous faisons notamment du théâtre forum où nous abordons des thématiques aussi larges que les conduites à risque, le sexisme, etc. Là où il y a problème, Rachel intervient ! En dehors du du théâtre forum, on fait également des spectacles , des lectures, des spectacles pour enfants, etc. On écrit les textes, on créée et on s'inspire beaucoup de problématiques sociales. 

Nous travaillons actuellement sur Dedans-Dehors, depuis 2012, sur le thème de la détention. Nous l'avons déjà joué en prison, à Nantes, au tribunal de Nantes, à Paris et à Rennes auprès d'associations diverses intervenant dans les prisons. 

  

Qu'est-ce que raconte Dedans Dehors et quelle est l'origine du projet ? 

En 2012, Prison Justice 44 nous a contactés afin créer une pièce sur les conditions de détention des détenus, mais aussi de la façon dont les familles des détenus vivent cet enfermement, dans le cadre du festival Journées nationales Prison. Nous avons donc rencontré des associations travaillant auprès des détenus, nous avons lu, vu des documentaires, recueilli des témoignages auprès des associations travaillant avec les détenus (Visiteurs de prison, Relais Parents-Enfants incarcérés), etc. Grâce à cette matière, nous avons commencé à écrire, avons soumis au reste de l'équipe qui a apporté d'autres idées, puis on a joué durant ce festival. 

Cette commande était vraiment documentaire à l'origine, le but étant de faire connaître le monde de la prison au grand public. 

Nous avons également joué la pièce dans un centre de détention, au tribunal de Nantes. L'idée était de faire prendre conscience aux détenus de ce que leurs familles vivent à l'extérieur, car généralement elles n'osent pas parler de leur quotidien, pourtant souvent difficile. Les familles sont les victimes collatérales de cet enfermement, leur identité change en même temps : ils ne sont plus que la femme ou l'enfant d'un détenu, etc. c'est leur seule identité. Eux aussi sont aussi en prison à l'extérieur. 

  

Pourquoi reprenez-vous cette pièce ? Et quels aspects retravaillez-vous particulièrement ? 

Comme il s'agissait d'une commande au départ, la pièce avait une dimension documentaire très forte. Or, dans ce nouveau projet, nous souhaitons développer l'aspect artistique, donner une dimension plus onirique et plus sensible à Dedans-Dehors

Nous avons donc complètement retravaillé le texte, nous l'avons restructuré afin de lui donner plus de corps. 

Nous avons également approfondi la psychologie et les émotions des personnages, en se mettant à leur place, avec notre propre sensibilité. 

Nous voulons également soulever des questions : Qu'est-ce que la liberté ? Est-on vraiment plus libre à l'extérieur qu'en prison ? Pourquoi ces gens sont en prison ? Quelle est leur place dans la société ? Et quelles sont les chances de s'en sortir quand on est issu d'un certain milieu ? 

  

Selon vous, quelle est la valeur ajouté du théâtre, par rapport au documentaire notamment, concernant le traitement de ce type de sujet ? 

Avec le théâtre, on fait du vivant, l'énergie n'a rien à voir et la distance n'est pas la même. En tant que spectateurs, on vit, respire et étouffe avec les comédiens, on est en cellule avec les prisonniers. 

Il n'y a pas le filtre de l'écran, l'identification est plus forte, on rentre dans l'intimité des personnages. 

Quand on a joué la pièce au centre de détention face à détenu, on avait peur d'être dans la caricature. Or, à la fin de la représentation, les détenus ont demandé aux comédiens s'ils avaient vraiment fait de la prison, tant le propos était juste. 

Notre approche documentaire a non seulement permis de découvrir l'univers des prisons, mais elle a aussi nourri notre façon de jouer, grâce à une approche concrète, des détails justes, ancrés dans la réalité et le quotidien des détenus. 

Travailler sur cette pièce nous a profondément remués et touchés. 

  

Cie Rachel Mademoizelle
Équipe artistique : Annaïck Domergue, Christelle Simon-Poiroux, Denis Mallet et Sébastien Landry 

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